"Je
remporte le titre, puis je prends ma retraite”. Voilà ce que promettait
Jochen Rindt à son épouse Nina au début de l’été 1970. Jochen ne pourra
jamais honorer sa promesse. Le 4 octobre 1970, lorsqu’il est
officiellement sacré champion du monde, cela fait déjà un mois que Nina
pleure sa mort. Jochen Rindt, c’est l’histoire d’un casse-cou qui a
défié avec succès la mort pendant des années, mais finalement rattrapé
par La Grande Faucheuse alors que, enfin adulte, il s'était assagi.
La
mort, Rindt l’a cotoyée dès les premiers mois de son existence. Né en
Allemagne en 1942, il survit miraculeusement à un bombardement allié en
1943 dans lequel ses parents sont tués. Recueilli par ses grand-parents
maternels, il grandit en Autriche, près de Graz.
L’aisance
financière dans laquelle il évolue lui permet de s’acheter sa première
voiture dès le permis de conduire en poche, et de se livrer durant la
nuit à de dangereuses courses sauvages avec sa bande d’amis, parmi
lesquels figure un certain Helmut Marko, futur pilote de F1 et actuel
grand manitou du programme Red Bull. Plus d’une fois, les escapades
nocturnes de Rindt manquent de s’achever en drame, mais sa vista et ses
réflexes lui permettent d’échapper au pire. Sa chance aussi.
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En
1962, conscient que son talent mérite de s’exercer dans un cadre plus
officiel, il prend une licence et s’inscrit dans diverses épreuves
réservées aux voitures de tourisme. Puis, en 1963, il s’achète une
Cooper de Formula Junior et effectue ses débuts en monoplace. Formula
Junior, puis Formule 2, rapidement, Jochen se bâtit une flatteuse
réputation sur tous les circuits d’Europe, où son coup de volant précis
et agressif, son audace, ainsi que son style de dandy taciturne ne
passent pas inaperçus.
En 1964, il accède à la Formule 1 en participant à son grand prix national au volant d’une Brabham privée de l’écurie de Rob Walker. Puis, en 1965, il est intégré à la prestigieuse écurie Cooper. Le problème est que la vénérable institution britannique n’a justement plus grand chose d’autre que son prestige à faire valoir et que sa monoplace tient plus du fer à repasser que de la voiture de course. Désastreuse en F1, sa saison est par contre plus brillante en endurance puisqu’à la surprise générale, et au prix d’une folle remontée durant la nuit avec son compère Masten Gregory, il remporte les 24h du Mans au volant d’une Ferrari engagée par le NART.
Sa saison 1966 est plus heureuse. Boostée par un partenariat inspiré avec Maserati, l’écurie Cooper retrouve des couleurs et Jochen en profite pour décrocher ses premiers podiums et s’adjuger la troisième place du championnat. Il aurait même pu s’imposer lors du GP de Belgique : ce jour-là, sous le déluge qui noyait le vertigineux tracé de Spa-Francorchamps, il livra une époustouflante démonstration de virtuosité et d’audace avant que des soucis techniques ne l’obligent à se contenter de la deuxième place derrière John Surtees.

Hélas pour Cooper et Rindt, l’embellie de 1966 restera sans suite et en 1967, l’écurie britannique retombe dans ses travers : manque de performance, manque de fiabilité. Quant à Rindt, il prend tous les risques au volant pour tenter de compenser les carences de sa monture, ce qui l’amène plus d’une fois à cotoyer les rails et les talus, et assoit durablement sa réputation de pilote casse-cou. Ses relations avec son directeur sportif Roy Salvadori tournent progressivement au vinaigre et après une énième altercation entre les deux hommes (Jochen s’était vanté un peu trop bruyamment d’avoir volontairement cassé son moteur, estimant que l’euthanasie du V12 Maserati était préférable à une lente agonie), il est mis à la porte.
Accueilli à bras ouverts dans l’écurie Brabham (firme pour laquelle il multiplie les succès en Formule 2, discipline dont il s’affirme comme le maître incontesté), Jochen n’obtient toujours pas une F1 à la mesure de son talent, ce qui précipite son arrivée chez Lotus en 1969.
Championne du monde en titre avec Graham Hill, l’écurie Lotus n’en est pas moins orpheline de son pilote fétiche Jim Clark, tragiquement décédé lors d’une épreuve de Formule 2 en avril 1968 à Hockenheim. Le patron de Lotus, Colin Chapman, sait
qu’avec Rindt, il a mis la main sur un talent pur, comparable par certains aspects à Clark. Mais jamais la symbiose Chapman/Clark ne sera pas recréée avec Rindt. Rapidement, l’Autrichien se heurte à la philosophie de son patron, qui sacrifie tout à la vitesse
de ses voitures, y compris la fiabilité et la sécurité. Dès son
deuxième GP chez Lotus, en Espagne, Rindt est d’ailleurs victime d’un
effroyable accident, son aileron arrière se brisant au passage d’une
bosse et catapultant sa monoplace contre le rail de sécurité. Gravement
blessé au visage, nez et palais fracturés, il doit observer une
convalescence de plusieurs semaines.
En 1964, il accède à la Formule 1 en participant à son grand prix national au volant d’une Brabham privée de l’écurie de Rob Walker. Puis, en 1965, il est intégré à la prestigieuse écurie Cooper. Le problème est que la vénérable institution britannique n’a justement plus grand chose d’autre que son prestige à faire valoir et que sa monoplace tient plus du fer à repasser que de la voiture de course. Désastreuse en F1, sa saison est par contre plus brillante en endurance puisqu’à la surprise générale, et au prix d’une folle remontée durant la nuit avec son compère Masten Gregory, il remporte les 24h du Mans au volant d’une Ferrari engagée par le NART.
Sa saison 1966 est plus heureuse. Boostée par un partenariat inspiré avec Maserati, l’écurie Cooper retrouve des couleurs et Jochen en profite pour décrocher ses premiers podiums et s’adjuger la troisième place du championnat. Il aurait même pu s’imposer lors du GP de Belgique : ce jour-là, sous le déluge qui noyait le vertigineux tracé de Spa-Francorchamps, il livra une époustouflante démonstration de virtuosité et d’audace avant que des soucis techniques ne l’obligent à se contenter de la deuxième place derrière John Surtees.
Hélas pour Cooper et Rindt, l’embellie de 1966 restera sans suite et en 1967, l’écurie britannique retombe dans ses travers : manque de performance, manque de fiabilité. Quant à Rindt, il prend tous les risques au volant pour tenter de compenser les carences de sa monture, ce qui l’amène plus d’une fois à cotoyer les rails et les talus, et assoit durablement sa réputation de pilote casse-cou. Ses relations avec son directeur sportif Roy Salvadori tournent progressivement au vinaigre et après une énième altercation entre les deux hommes (Jochen s’était vanté un peu trop bruyamment d’avoir volontairement cassé son moteur, estimant que l’euthanasie du V12 Maserati était préférable à une lente agonie), il est mis à la porte.
Accueilli à bras ouverts dans l’écurie Brabham (firme pour laquelle il multiplie les succès en Formule 2, discipline dont il s’affirme comme le maître incontesté), Jochen n’obtient toujours pas une F1 à la mesure de son talent, ce qui précipite son arrivée chez Lotus en 1969.
Championne du monde en titre avec Graham Hill, l’écurie Lotus n’en est pas moins orpheline de son pilote fétiche Jim Clark, tragiquement décédé lors d’une épreuve de Formule 2 en avril 1968 à Hockenheim. Le patron de Lotus, Colin Chapman, sait
De
retour derrière le volant de sa Lotus 49, il subit une série d’avaries
mécaniques en tout genre qui l’amènent à s’interroger sur la suite de sa
collaboration avec Lotus. Malgré une fin de saison réussie et notamment
l’obtention à Watkins Glen de sa toute première victoire en GP, après
laquelle il courait depuis près de 5 ans, sa décision de quitter Lotus
pour retourner chez Brabham semble prise.
Au-delà des relations tendues qu'il entretient avec son pilote, Chapman est conscient de son apport et n’a aucune envie de le laisser partir. Se sachant en position de force, Rindt et son manager (un certain Bernie Ecclestone) en profitent pour faire monter les enchères : d’accord pour rester chez Lotus, à condition d’obtenir un salaire fortement revalorisé, ainsi que la mise sur pied par Lotus d’une écurie de Formule 2 totalement dédiée à Rindt. Chapman accepte. En coulisses, une seule personne ne se frotte pas les mains. Présente sur tous les circuits, Nina Rindt a le sentiment qu’en restant chez Lotus, son mari a signé un pacte avec le diable. Si les rapports entre Chapman et Jochen sont tendus, ceux entre Chapman et Nina sont exécrables.
Au-delà des relations tendues qu'il entretient avec son pilote, Chapman est conscient de son apport et n’a aucune envie de le laisser partir. Se sachant en position de force, Rindt et son manager (un certain Bernie Ecclestone) en profitent pour faire monter les enchères : d’accord pour rester chez Lotus, à condition d’obtenir un salaire fortement revalorisé, ainsi que la mise sur pied par Lotus d’une écurie de Formule 2 totalement dédiée à Rindt. Chapman accepte. En coulisses, une seule personne ne se frotte pas les mains. Présente sur tous les circuits, Nina Rindt a le sentiment qu’en restant chez Lotus, son mari a signé un pacte avec le diable. Si les rapports entre Chapman et Jochen sont tendus, ceux entre Chapman et Nina sont exécrables.
La
belle Finlandaise, ex-mannequin, ne supporte pas le cynisme avec lequel
Chapman mène son écurie, et la manière dont il semble considérer ses
pilotes comme de vulgaires pions et leur mort éventuelle comme de
simples péripéties de course.
Début 1970, Lotus introduit la Lotus 72, une voiture tout simplement révolutionnaire. A son volant, Jochen Rindt ne tarde pas à se montrer inbattable. Il s’impose à Monaco (sur la Lotus 49), puis consécutivement aux Pays-Bas, en France, en Angleterre et en Allemagne.
Début 1970, Lotus introduit la Lotus 72, une voiture tout simplement révolutionnaire. A son volant, Jochen Rindt ne tarde pas à se montrer inbattable. Il s’impose à Monaco (sur la Lotus 49), puis consécutivement aux Pays-Bas, en France, en Angleterre et en Allemagne.
Malgré
cette série de succès qui propulse largement Rindt en tête du
championnat du monde l’ambiance est toujours aussi lourde chez Lotus.
Les problèmes de fragilité des monoplaces qui préoccupent tant Nina sont
toujours d'actualité et son angoisse est exacerbée par les morts coup
sur coup au mois de juin de Bruce McLaren et de Piers Courage, deux amis
du couple Rindt. C’est dans ce contexte que Nina obtient de Jochen la
promesse d’arrêter sa carrière au soir d’un titre mondial qui se
rapproche désormais à grand pas. Jochen a changé. L’adolescent casse-cou
de Graz, désormais au sommet de son art du pilotage, est devenu un
homme conscient du prix de la vie et qui se reconnait de moins en moins
dans ce sport automobile meurtrier. Il est temps d’arrêter, il le sait.
Mais le temps, il ne l’aura pas.
Que s’est-il passé ce samedi 5 septembre 1970 à Monza ? Unique témoin du drame, Denny Hulme dira avoir vu la Lotus de Rindt dangereusement louvoyer à l’amorce de la Parabolique puis quitter la piste avant de s’encastrer sous un rail de sécurité. Défaillance des freins a priori.
Grièvement touché au cou, Jochen décède dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital de Milan.
Avec 20 points d’avance pour Rindt sur son plus proche poursuivant et 4 GP restant à disputer, la lutte pour le titre mondial reste mathématiquement ouverte, et cela d’autant plus que les pilotes Ferrari (Ickx et Regazzoni) s’affirment comme particulièrement véloces en cette fin de saison. Regazzoni s’impose à Monza et Ickx, malgré ses réticences à jouer le titre contre un fantôme, gagne au Canada. La victoire d’Emerson Fittipaldi (le nouveau pilote Lotus) à Watkins Glen scelle définitivement le sort du championnat : Jochen Rindt est sacré champion du monde, à titre posthume.
Que s’est-il passé ce samedi 5 septembre 1970 à Monza ? Unique témoin du drame, Denny Hulme dira avoir vu la Lotus de Rindt dangereusement louvoyer à l’amorce de la Parabolique puis quitter la piste avant de s’encastrer sous un rail de sécurité. Défaillance des freins a priori.
Grièvement touché au cou, Jochen décède dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital de Milan.
Avec 20 points d’avance pour Rindt sur son plus proche poursuivant et 4 GP restant à disputer, la lutte pour le titre mondial reste mathématiquement ouverte, et cela d’autant plus que les pilotes Ferrari (Ickx et Regazzoni) s’affirment comme particulièrement véloces en cette fin de saison. Regazzoni s’impose à Monza et Ickx, malgré ses réticences à jouer le titre contre un fantôme, gagne au Canada. La victoire d’Emerson Fittipaldi (le nouveau pilote Lotus) à Watkins Glen scelle définitivement le sort du championnat : Jochen Rindt est sacré champion du monde, à titre posthume.
Jochen Rindt pictured on the track ahead of the German Grand Prix at Hockenheim in August 1970. Photograph: dpa/dpa/Corbis